Combien de temps met un mégot à se décomposer ?
On lit tout et son contraire : dix-huit mois, deux ans, douze ans, quinze ans. Cette page n'ajoute pas un chiffre de plus au tas. Elle explique pourquoi les estimations divergent autant, ce que « se décomposer » veut dire pour un filtre en acétate de cellulose, et ce que montrent réellement les rares expériences qui ont suivi des mégots pendant cinq puis dix ans.
La réponse courte, et pourquoi elle est courte
Il n'existe pas de durée unique, et aucune expérience publiée n'a observé la disparition complète d'un mégot. Ce qui existe, ce sont des mesures de perte de masse sur des durées données.
La plus longue à ce jour est une expérience menée sur dix ans par Giuliano Bonanomi et ses coauteurs, publiée dans Environmental Pollution en 2026. Au bout d'une décennie, les mégots avaient perdu entre 52 % et 84 % de leur masse selon le milieu. Il restait donc entre 16 % et 48 % de matière, la fraction la plus élevée se trouvant dans les sols de type urbain, précisément ceux où atterrissent les mégots jetés en ville.
Une expérience antérieure de la même équipe, sur cinq ans (Environmental Pollution, 2020), décrivait déjà une décomposition en trois temps : perte rapide initiale, quasi-immobilité pendant deux ans, puis trajectoires divergentes selon le milieu.
Toute réponse qui donne un nombre d'années rond et unique va donc plus loin que ce que les données permettent de dire.
Un filtre en acétate de cellulose est un plastique
Le filtre n'est ni du coton ni du papier. Il est fait d'acétate de cellulose : une matière d'origine végétale, mais chimiquement modifiée par acétylation pour la rendre filable et durable.
Cette modification est exactement ce qui pose problème. Elle transforme une molécule que les micro-organismes savent dégrader en une molécule qu'ils reconnaissent mal. Le droit européen en tire la même conclusion : dans l'analyse de la directive (UE) 2019/904 publiée par Katerina Nikitara et ses coauteurs dans Public Health and Toxicology en 2022, les filtres de cigarette relèvent du texte parce que l'acétate de cellulose constitue un polymère naturel chimiquement modifié, c'est-à-dire un plastique au sens de la directive. Un mégot au sol est donc un objet en plastique, chargé de ce que le filtre a retenu pendant la combustion.
Ce que « se décomposer » veut dire ici
La confusion vient de ce que le verbe recouvre trois phénomènes que les études ne mesurent pas de la même façon.
La désintégration : le mégot perd sa forme, le papier part, le filtre s'effiloche. Il devient invisible, ce qui n'est pas la même chose que disparaître.
La perte de masse : c'est ce que pèsent les chercheurs, et elle démarre vite. Dans l'expérience à cinq ans, les mégots perdent environ 15 % de leur masse dès les trente premiers jours. Ce premier palier correspond surtout au lessivage des composés solubles, nicotine, goudrons et métaux, pas à la dégradation du polymère.
La minéralisation : le carbone du polymère redevient du CO2 et de l'eau. C'est la seule qui mérite vraiment le mot, et celle dont on n'a jamais observé la fin sur un filtre. Une étude qui pèse la masse restante et une étude qui examine l'intégrité des fibres ne racontent donc pas la même histoire.
Pourquoi les estimations divergent autant
Le matériau n'est pas une constante. Dans une revue consacrée à l'acétate de cellulose parue dans Chemosphere en 2021, Neha Yadav et Minna Hakkarainen montrent que des variations de structure, en particulier le degré de substitution, combinées au choix du milieu de test, conduisent à des résultats et à des conclusions totalement différents sur la dégradabilité. C'est le polymère type dont on peut démontrer à peu près ce que l'on veut selon le protocole retenu.
La plupart des durées citées sont des extrapolations. Le chiffre le plus solide de la littérature vient de Frédérique Joly et Mathieu Coulis, dans Waste Management en 2018 : à partir d'une expérience courte et d'un modèle cinétique de premier ordre, ils estiment qu'un filtre plastique classique mettrait 7,5 ans à disparaître en compost et 14 ans en surface de sol. Les auteurs présentent ces valeurs comme une projection mathématique. Personne n'a attendu quatorze ans pour vérifier.
Le milieu commande tout. C'est le résultat le plus net des travaux de Bonanomi : l'azote disponible et le microbiome décident de la trajectoire. En conditions riches en azote, la perte de masse atteint 84 % sur dix ans ; en conditions de type urbain, elle plafonne autour de 52 %. Un mégot sur une pelouse fertilisée et un mégot dans un caniveau n'ont pas le même destin.
Un dernier facteur est souvent oublié : Joly et Coulis observent que l'avantage des filtres présentés comme biodégradables s'efface fortement dès lors qu'ils ont été fumés. Ce que le filtre a capté modifie sa propre dégradation.
Enfin, la toxicité ne suit pas la masse : l'étude à dix ans relève deux pics, l'un juste après la combustion, l'autre à mi-décomposition. Un vieux mégot n'est pas un mégot inoffensif.
Ce qui se passe vraiment : la fragmentation
Voilà pourquoi la question « combien de temps » est en partie mal posée. Le filtre ne se dissout pas, il se divise.
Un filtre est un faisceau de fibres. D'après les travaux de Francisco Belzagui et de ses coauteurs publiés dans Science of the Total Environment en 2021, un mégot en contient environ 15 000, et un mégot fumé placé dans l'eau en libère une centaine par jour de moins de 0,2 mm. Les auteurs estiment l'apport mondial à environ 0,3 million de tonnes de microfibres par an et notent que ces microfibres se dégradent elles-mêmes très lentement.
L'expérience à dix ans arrive au même constat côté sol : les filtres contribuent à la formation de microplastiques secondaires, les fibres se réorganisant en agrégats microscopiques.
La bonne question n'est donc pas « en combien d'années le mégot disparaît-il », mais « en combien de temps devient-il assez petit pour qu'on cesse de le voir ». C'est ce que détaille la page consacrée à la pollution des mégots.
Les chiffres que nous n'écrivons pas
« Un mégot met douze ans à se décomposer » est probablement la donnée la plus reprise du sujet en français. Nous n'avons trouvé aucune étude primaire qui la porte. Elle circule de site en site, souvent sans référence, parfois attribuée vaguement au milieu marin. Les seules valeurs sourçables sont les 7,5 et 14 ans extrapolés par Joly et Coulis, qui encadrent ce nombre sans le produire.
« 4 500 milliards de mégots jetés chaque année » est repris jusque dans les publications de la Convention-cadre de l'OMS pour la lutte antitabac, mais la page qui l'affiche ne cite aucune source. La trace remonte à une extrapolation ancienne faite à partir des volumes de production, pas à un comptage. L'ordre de grandeur est sans doute juste, la précision ne l'est pas.
Une page qui dit moins et qui tient vaut mieux qu'une page qui recopie.
Ce que cela change pour une entreprise
Puisque le filtre ne disparaît pas et se fragmente en microplastiques chargés de ce qu'il a capté, le mégot est traité comme un déchet dangereux. Tant qu'il n'a pas rejoint une filière agréée, il reste sous la responsabilité de celui qui l'a produit, ce qui concerne directement les zones fumeurs d'entreprise (voir déchets dangereux en entreprise).
Le balayage ne règle rien : il déplace la matière vers les eaux de ruissellement ou vers un flux non tracé. Poser un contenant ne suffit pas non plus, puisque la moitié des mégots fumés dehors finit par terre, même là où il y a des cendriers.
Easy to Change traite la chaîne complète à partir de 39 EUR HT par mois : cendriers anti-incendie, pose, collecte, traitement et traçabilité. Chaque cendrier accueille jusqu'à 10 000 mégots entre deux vidages. L'enlèvement est réalisé par clikeco, opérateur agréé au transport de déchets dangereux, avec un bordereau de suivi de déchets nominatif à chaque passage et un reporting trimestriel.
Côté destination, deux voies coexistent. Là où la zone est desservie, MeGO! recycle la matière en Bretagne : tri, dépollution, mélange à de la fibre plastique recyclée, thermocompression en plaques de Plastigo! dont on fait du mobilier urbain. Ailleurs, valorisation énergétique en cimenterie régionale certifiée, où chaque tonne remplace l'équivalent en charbon. Même traçabilité dans les deux cas, comme l'explique la page recyclage des mégots.
Questions fréquentes
Combien de temps met un mégot à se décomposer ?
Aucun chiffre unique ne tient. L'expérience la plus longue disponible, publiée par Bonanomi et ses coauteurs dans Environmental Pollution en 2026, mesure après dix ans une perte de masse de 52 % à 84 % selon le milieu : il reste de la matière au bout d'une décennie, et davantage en sol urbain.
Un mégot est-il biodégradable ?
Non. Le filtre est en acétate de cellulose, une cellulose chimiquement modifiée que la directive européenne sur les plastiques à usage unique classe comme polymère naturel chimiquement modifié. Cette modification le rend justement difficile à attaquer pour les micro-organismes.
Les filtres présentés comme biodégradables changent-ils quelque chose ?
Moins qu'annoncé. Joly et Coulis, dans Waste Management en 2018, constatent que les filtres en cellulose se décomposent plus vite en compost, mais que cet avantage se réduit fortement une fois les filtres fumés, et qu'aucune différence n'apparaît en surface de sol.
Un vieux mégot est-il moins toxique qu'un mégot frais ?
Pas de façon linéaire. L'étude à dix ans relève un pic de toxicité juste après la combustion, puis un second pic à mi-parcours de la décomposition, et des effets biologiques encore mesurables au bout de dix ans.
Que deviennent les mégots collectés par Easy to Change ?
Ils sont enlevés par clikeco, opérateur agréé au transport de déchets dangereux, avec bordereau de suivi nominatif. Selon la zone, la matière est recyclée par MeGO! en plaques de Plastigo! servant à faire du mobilier urbain, ou valorisée énergétiquement en cimenterie régionale certifiée. Voir la collecte des mégots et les tarifs.
Page mise à jour le 3 septembre 2026. Sources : Bonanomi et coauteurs, « Long-term cigarette butts' decomposition over 10 years », Environmental Pollution, 2026 ; Bonanomi et coauteurs, « The fate of cigarette butts in different environments », Environmental Pollution, 2020 ; Joly et Coulis, « Comparison of cellulose vs. plastic cigarette filter decomposition », Waste Management, vol. 72, 2018 ; Yadav et Hakkarainen, « Degradable or not? Cellulose acetate as a model », Chemosphere, vol. 265, 2021 ; Belzagui et coauteurs, « Cigarette butts as a microfiber source with a microplastic level of concern », Science of the Total Environment, vol. 762, 2021 ; Nikitara et coauteurs, « The EU Single-Use Plastics Directive and its impact on tobacco products », Public Health and Toxicology, 2022.
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