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Pollution des mégots

La pollution des mégots : ce que les études mesurent vraiment

Le mégot est le déchet le plus abandonné de la planète, et celui sur lequel circulent les chiffres les moins vérifiables. Nous sommes remontés à la publication d'origine pour chacun d'eux. Cette page ne garde que ce qui tient : chaque nombre est écrit avec la source qui le porte, et nous disons lesquels nous avons renoncé à écrire, faute d'étude derrière.

De quoi un mégot est fait

Un mégot, c'est d'abord un filtre, et un filtre est un objet en plastique : de l'acétate de cellulose. Dans l'étude de Belzagui et ses collègues publiée en 2021 dans Science of the Total Environment, ce filtre compte environ 15 000 brins de fibres, susceptibles de se détacher un à un.

S'y ajoute tout ce que la combustion y a déposé. La fiche d'information du Centre Ecotox suisse, publiée en 2019, compte plus de 4 000 substances chimiques associées à la cigarette, dont une bonne cinquantaine réputées cancérigènes pour l'homme, d'après les travaux de Hoffmann et Hoffmann de 1997, et cite parmi les composés retrouvés dans les mégots l'arsenic, la nicotine, les hydrocarbures aromatiques polycycliques et les métaux lourds. Dans l'étude de Moerman et Potts parue en 2011 dans Tobacco Control, aluminium, baryum, chrome, cuivre, fer, plomb, manganèse, nickel, strontium, titane et zinc sont tous détectés dans les lixiviats après une seule journée de trempage.

C'est cette composition qui explique le statut du mégot : un déchet à caractère dangereux, et non un détritus ordinaire. Tant qu'il n'a pas rejoint une filière agréée, il reste sous la responsabilité de celui qui l'a produit.

Ce qu'un mégot relargue dans l'eau

La nicotine est la voie de contamination la mieux documentée. Dans l'étude de Roder Green, Putschew et Nehls publiée en 2014 dans le Journal of Hydrology, une cigarette contient 11,9 à 14,5 mg de nicotine, dont l'essentiel est inhalé pendant la combustion. Ce qui reste dans le filtre est lessivé par l'eau de pluie, et les auteurs mesurent que la nicotine ainsi relarguée par un seul mégot peut porter 1 000 litres d'eau au-delà de la concentration sans effet prévisible qu'ils retiennent. Le seuil de référence est la concentration sans effet prévisible pour la nicotine, 2,4 × 10⁻³ mg par litre, reprise de Valcárcel et ses collègues en 2011.

La toxicité aiguë, elle, a été mesurée directement. L'étude de Slaughter et ses collègues, parue en 2011 dans Tobacco Control, établit une concentration létale médiane d'environ un mégot fumé par litre pour deux espèces de poissons, l'athérine marine et le tête-de-boule d'eau douce. Le filtre fumé sans son tabac reste toxique à 1,8 et 4,3 mégots par litre, et le filtre jamais fumé à 5,1 et 13,5 : même le filtre seul porte une part de la toxicité. D'autres organismes réagissent plus bas encore, le Centre Ecotox rapportant une immobilisation des daphnies dès 0,05 mégot par litre d'après Micevska et ses collègues, en 2006.

Reste la fraction plastique. Belzagui et ses collègues mesurent le détachement d'environ 450 microfibres de moins de 0,2 mm le premier jour, puis d'une centaine par jour ensuite, soit près de 0,3 million de tonnes par an susceptibles d'atteindre les milieux aquatiques. L'étude de Mohammadi et ses collègues, publiée en 2025 dans Scientific Reports, confirme le mécanisme sur 1 à 60 jours, l'acétate de cellulose étant le polymère dominant relargué.

Combien de temps il persiste

Deux expériences longues, conduites par la même équipe, donnent des mesures plutôt que des estimations. Dans l'étude de Bonanomi et ses collègues publiée en 2015 dans PLOS ONE, des mégots incubés deux ans en laboratoire et sur le terrain ont perdu en moyenne 37,8 % de leur masse initiale, dont 15 à 20 % dès les trente premiers jours, pour l'essentiel le papier. L'analyse par résonance magnétique du carbone 13 ne montre ensuite que de très faibles changements : l'acétate de cellulose reste largement intact.

L'expérience a été prolongée à cinq ans et publiée en 2020 dans Environmental Pollution. Le résultat qui compte n'est pas la masse mais la toxicité : l'écotoxicité est maximale juste après que la cigarette a été fumée, mais elle reste élevée pour la microalgue Raphidocelis subcapitata après deux ans, puis après cinq ans. Ce que l'on observe n'est donc pas une disparition mais une fragmentation, et la matière fragmentée reste active. Nous détaillons ce mécanisme dans la décomposition d'un mégot.

Où finissent les mégots

Le rapport de l'Organisation mondiale de la santé publié en 2017, Tobacco and its environmental impact: an overview, estime qu'entre un tiers et deux tiers des filtres sont abandonnés sur les routes, les trottoirs et les espaces verts. La revue critique d'Araújo et Costa parue en 2019 dans Environmental Research retient l'ordre de grandeur de 6 000 milliards de cigarettes fumées et 4 500 milliards de mégots abandonnés chaque année dans le monde, et rappelle que le mégot est l'objet personnel le plus fréquemment ramassé sur les plages.

Sur le geste lui-même, l'article de Lowe et ses collègues publié en 2024 dans PLOS ONE recense les estimations issues d'observations directes : de 65 à 84 % des cigarettes abandonnées après usage, la plus citée étant les 65 % mesurés par Schultz et ses collègues en 2013 dans Environment and Behavior. Nos propres constats vont dans le même sens : la moitié des mégots fumés dehors finissent par terre, y compris là où des cendriers sont installés. Voir où jeter ses mégots.

L'échelle du problème en France

La seule donnée française issue d'un comptage de terrain, et non d'une extrapolation, vient de l'état des lieux établi en 2021 par l'éco-organisme Alcome avec l'ADEME : une moyenne nationale de 1,3 mégot tous les dix mètres de voirie, avec de fortes disparités, jusqu'à 4,5 dans les grandes villes denses, 1,7 dans les villes moyennes, 1,2 dans les zones touristiques et 0,8 en rural. Deux campagnes de comptage confiées à un bureau d'études indépendant ont suivi, en 2022 puis en 2024.

Les chiffres que nous n'écrivons pas

Trois chiffres reviennent dans presque tous les articles sur le sujet. Nous ne les reprenons pas, et il est plus utile de dire pourquoi.

Les 500 litres d'eau polluée par mégot. Le ministère de la Transition écologique l'a écrit dans un communiqué de 2021, mais aucune étude n'est citée à l'appui et nous n'avons trouvé aucune publication primaire qui le porte. Une campagne de l'Organisation mondiale de la santé en avance un autre, sans référence non plus. Le seul ordre de grandeur adossé à une méthode explicite est celui du Centre Ecotox, cité plus haut.

Les douze ans de décomposition. Aucune expérience publiée n'aboutit à cette durée. Les mesures longues disponibles, à deux, cinq et dix ans, portent sur une perte de masse partielle et sur une toxicité qui persiste, pas sur une disparition datée.

Les 4 500 substances chimiques. Ce nombre paraît résulter d'une confusion avec les 4 500 milliards de mégots abandonnés chaque année. Le seul décompte rattachable à une source est celui de plus de 4 000 substances, cité par le Centre Ecotox d'après Hoffmann et Hoffmann.

Ce qu'une organisation peut faire

Tant qu'un mégot n'a pas rejoint une filière agréée, il reste sous la responsabilité de celui qui le produit. Poser un cendrier de plus ne règle rien à lui seul, et le Centre Ecotox le dit sans détour : multiplier les contenants et intensifier le nettoyage n'apporte pas d'amélioration substantielle. Ce qui change quelque chose, c'est une chaîne complète et traçable, du point de dépôt jusqu'au traitement.

C'est le principe de notre service intégré, à partir de 39 € HT par mois : cendriers anti-incendie, pose, collecte, traitement, traçabilité. Chaque cendrier absorbe jusqu'à 10 000 mégots entre deux vidages. Nous n'installons jamais de cendrier aux abords des écoles, collèges et lycées.

L'enlèvement est réalisé par clikeco, opérateur agréé au transport de déchets dangereux. Quand la zone est desservie, la matière part en Bretagne chez MeGO! qui la recycle : tri, dépollution, mélange à de la fibre plastique recyclée, puis thermocompression en plaques de Plastigo! dont on fait du mobilier urbain. Ailleurs, elle part en valorisation énergétique dans une cimenterie régionale certifiée, où chaque tonne remplace l'équivalent en charbon. La traçabilité est la même dans les deux cas : bordereau de suivi de déchets nominatif à chaque enlèvement, reporting trimestriel. Voir la collecte des mégots et le recyclage des mégots.

Questions fréquentes

Un mégot pollue-t-il vraiment 500 litres d'eau ?

Aucune étude publiée n'établit ce chiffre, même s'il figure dans une communication ministérielle de 2021. La seule estimation que l'on peut suivre pas à pas est celle du Centre Ecotox suisse : la nicotine d'un seul mégot suffit à faire dépasser à un mètre cube d'eau la concentration sans effet prévisible, d'après les mesures publiées en 2014 dans le Journal of Hydrology.

Combien de temps met un mégot à disparaître ?

La question est mal posée : les expériences mesurent une perte de masse, pas une disparition. Après deux ans, la perte moyenne mesurée en 2015 est de 37,8 %, et l'acétate de cellulose reste peu modifié. Après cinq ans, la toxicité pour une microalgue reste élevée.

Le mégot est-il un déchet dangereux ?

Il en présente les caractéristiques, l'écotoxicité au premier chef, ce qui impose de le sortir du circuit des ordures ordinaires. Son producteur en reste responsable jusqu'à sa prise en charge par une filière agréée.

Installer des cendriers suffit-il à faire baisser le nombre de mégots au sol ?

Non, pas à lui seul. La littérature ne montre pas d'effet substantiel de la seule densité de contenants, et la moitié des mégots fumés dehors finissent par terre même là où des cendriers existent. Ce qui compte : l'emplacement, la lisibilité du dispositif, et la chaîne de traitement derrière.

Page mise à jour le 3 septembre 2026. Sources : Slaughter et al. et Moerman et Potts, Tobacco Control, 2011 ; Roder Green et al., Journal of Hydrology, 2014 ; Bonanomi et al., PLOS ONE, 2015 et Environmental Pollution, 2020 ; Araújo et Costa, Environmental Research, 2019 ; Belzagui et al., Science of the Total Environment, 2021 ; Mohammadi et al., Scientific Reports, 2025 ; Lowe et al., PLOS ONE, 2024 ; Centre Ecotox suisse, 2019 ; OMS, 2017 ; Alcome et ADEME, 2021.

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